L’enfant de l’œil

illustration de Medy Chabrerie
illustration de Medy Chabrerie

« Je te vois », « Je te vois », « Je te vois » ; Il aimait le répéter comme une saleté de refrain. Il fermait les yeux et pensait avoir la capacité de pressentir. Il restait là, paupières closes tout en affirmant observer le monde. Je ne vous raconte pas sa vie, celle-ci semblait n’être qu’une superposition de désastres. Le joug de la maladie chronique l’avait désargenté, la solitude était devenue sa meilleure confidente. Il venait probablement d’une des faces cachées de la lune, d’un de ces cratères étroits et sombres dont on ne sort que pour respirer. Ses branchies s’accommodaient bien de l’espace.

Parfois il interpellait un passant pour lui demander de le suicider : « suicide-moi » qu’il disait. Il prenait alors l’air sérieux d’un petit prince : « dessine-moi un mouton ». Saint-Ex aurait pu lui dessiner à lui aussi une petite boîte rectangulaire, oui c’est tout à fait comme ça qu’il le voulait, un mouton dans un cercueil.
Pourtant il y avait des jours énigmatiques où il restait debout en silence. Ces jours-là, il souriait et je peux vous dire que les femmes s’amarraient à lui – les hommes aussi – ; il suspendait le temps de ses lèvres et nul doute que son seul air suffisait à faire tourner le vent.

Samuel Zittoun

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