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Extraits nocturnes d’un recueil à venir

La lumière a-t-elle changé ou est-ce mon regard ?

Le bleu se grise
Le blanc est d’ombre.

Ramène l’obscurité,
J’aime la nuit,
Sous la nuit tout est noir.

Et moi
Qui suis d’errance et d’os
Je marche,
Des cailloux pleins les poches
Clac-clac-clac
Des cailloux de rêve.

[…]

J’aime la nuit,
L’inconnu sous les pieds
La vie qui fait silence
Et l’impression,                                      en levant la tête,
Que l’ailleurs est présent.

[…]

Le vent a mille couleurs,
Son souffle élève ton triste manteau,
Il t’habille de cerf-volant.

La nuit,
Un manteau est un cerf-volant
Un caillou est un rêve.

Samuel Zittoun

Je, d’un accident ou d’amour – Loïc Demey

Loïc Demey

Dans son premier livre, Loïc Demey réinterprète un lieu commun : l’Amour. La singularité de ce recueil réside dans le fait qu’il est écrit sans verbes, ceux-ci sont remplacés par des noms, des adjectifs ou des adverbes. Ce procédé implique une recherche attentive du mot juste. Celui qui laisse au lecteur le soin de deviner l’action et de s’approprier ainsi, un peu de cette histoire. Loïc Demey revisite plusieurs facettes du sentiment amoureux par l’intermédiaire de son personnage principal : Hadrien.

 

 

 

 

Il y a tout d’abord l’enlisement et la lassitude qui peut s’installer dans un couple au fil des années, ce temps est celui de l’érosion :

«  Je l’affection aussi Delphine. Mais, depuis quelques mensualités, nos sentiments se pâles et se fades. Le rouge se rose et le blanc se boue. On se trente ans passés avec pas l’envie de seul. On se fatalité, on se facilité. »

 Au fil des non-dits, une rupture se profile :

 « Delphine se plus qu’assez de moi. Je me ras-le-bol, je l’insupportable. Elle m’irrespirable. On se discorde, on se dissension. Elle se très, je me trop, on s’excès de tout et vexés d’un rien. On se division, se conclusion. »

 Parallèlement, une rencontre imprévue a lieu, une coïncidence insolite et merveilleuse qui entraine le lecteur dans une émotion vive. Ce sentiment s’incarne dans le personnage d’Adèle. « Je m’Adèle » dit Hadrien.

 « Plus rien d’importance depuis cette fille sur une chaise verte du jardin du Luxembourg, voiliers miniatures et lecture de poche. Instinctivement, je pas vers elle et lui paroles futiles. Le soleil d’abord, la chaleur ensuite. Mc Ewan enfin. »

 « On se résolution de métro. Finalement on se station. Elle me tête sur l’épaule, elle me délicatement. On s’acclimatation, on s’apprivoisement. Adèle me psychologie, je la philosophie. Elle me Freud, je la Nietzsche, elle me Lacan, je la Socrate. On se connaissance de soi et ennui des autres. On s’entente, on s’osmose. On se fusion d’esprits. On se rire et sérieux. »

 Sans tomber un seul instant dans le piège de la fleur bleue, Loïc Demey réussit à faire palpiter une prose  rythmique où le mystère côtoie l’évidence.

 « Depuis, ma pensée se désordre. Mon langage se confusion. D’un commencement comme ça. Je voiture Adèle jusqu’à la gare de l’Est, elle se départ chez elle, distance d’ici. Bien trop lointain. Elle m’amour, je l’énormément, mais elle s’en retour. A trois centaines de kilomètres. Je l’au-revoir du quai, elle me cadeau d’un baiser avant disparition. Je larmes et m’injuste, je me rage, je me seul en voiture. Je me ville, je me boulevard périphérique, je sanglots de plus grand et m’aveuglement avec peine et courroucé. Je me vitesse et perte de contrôle. »

 Loïc Demey montre à quel point la passion peut bouleverser les lettres de l’être. Depuis Adèle, Hadrien a le langage qui « se désordre » : est-ce dû à un accident ou à l’amour explosif et incontrôlable qui le submerge? Voici donc la médecine qui entre en scène pour tenter de déterminer l’exacte cause de ce désordre :

«  Ce jour, on me scope et me mètre. On me batterie de tests. Ils m’auscultation. Ils m’examen de partout. On m’ORL et me neurologie. Ils se foule autour de moi. Les médecins s’infirmières et les internes se docteurs. On s’interrogation : ils se pourquoi, ils me comment. Ils me bizarroïde et m’hurluberlu. Un olibrius ? Un zigomar ? Un rodomont. Je m’hôpital en urgence à cause de mon désordre. On me scope et me mètre mais on ne rien d’anormal. Les choses en grand pour pas grand-chose. On me contre-visite avec scanner et IRM. Une psychiatre m’ordonnance du repos et prescription de sirop. Brindezingue. »

Loïc Demey pose entre ses lignes la question de l’influence de l’âme sur le Dire, il sensibilise le regard à un nouvel angle de vu et donnerait presque l’envie de s’exprimer désormais sans verbe.

Je, d’un accident ou d’amour, un concentré de poétique qui réussit le pari de rendre  à l’universalité amoureuse un gout particulier.

Samuel Zittoun

Parution : Mots immuns

J’ai le plaisir de vous annoncer la parution de Mots immuns aux éditions alfAbarre.

Mots immuns est un livre composé de deux nouvelles poétiques, de quelques poèmes classiques et de deux recueils de poésie en prose. Ces textes ont tous en rapport d’une façon ou d’une autre la médecine dans ce qu’elle a de global. Coté soignant et coté soigné.

La première nouvelle : « Et le temps sera à toi » a reçu le prix Littré de la Nouvelle 2014 du GEM (Groupement des Écrivains Médecins), elle dessine la relation d’un enfant avec sa grand mère en fin de vie.

Le recueil central de ce livre s’intitule « Mille et un sens » et retrace l’histoire de vie d’un patient schizophrène.

Pourquoi « Mots immuns » ? Immuns veut dire qui est immunisé ou qui intervient dans le processus d’immunisation. Donc des mots qui protègent. Ce livre s’articule autour du soin et de l’importance de la parole. Soigner n’est pas guérir. Guérir renvoie à une notion d’instantanéité guerrière, d’immédiateté chirurgicale. Soigner, c’est prendre le temps d’être, de partager, d’accompagner. Soigner c’est donner et recevoir des mots.

Couverture avant couverture arriere

Il est déjà possible de le commander :

Sur le site de l’éditeur : ICI

Sur le site de la FNAC : ICI 

 

Préface du livre :

Certains mots sont des enclumes, des poids qui lestent le corps, des échardes douées et fines qui s’agrippent à la pulpe de nos doigts.
Et pour les expulser, pour que la métamorphose s’opère, pour que ces mots de ronces intérieurs deviennent roses extérieures, il nous faut les traîner sur le chemin de l’être, celui qui lie l’âme et le corps.

Au bout du sentier, la lumière.
Elle les révèle à l’orée d’une feuille.
Rosée d’encre libératrice, pétales à la force délicate.
La poésie nous enseigne l’humilité.

Humilité, car le temps passe et d’autres mots nous assaillent, d’autres poids nous courbent, le cheminement doit à nouveau se faire.

 

 

Carnet de route d’un interne en psychiatrie

En ce début d’année, il m’a été proposé d’écrire un article littéraire afin de relater               l’expérience de cette première année passée en tant qu’interne en psychiatrie.

Voici donc l’article qui vient de paraître dans La Lette de Psychiatrie Française, il s’intitule : Carnet de route d’un interne en psychiatrie.

Carnet de route d'un interne en psychiatrie - Samuel Zittoun

Télécharger ici en PDF : Carnet de route d’un interne en psychiatrie