Archives pour la catégorie Art / poésie

Et qu’advienne le printemps : extraits

Illustration de Laura Borgel
Illustration de Laura Borgel

Depuis toi
Je ne suis qu’abstinence
Je ne suis qu’abstraction,
Mon sang file en sens inverse
Et charrie des pierre lunaires,
Mes os soutiennent d’étranges fresques.
Depuis toi, mes pulsations m’expulsent.

(…)

Mes vertèbres ont enduré
Palpe mon dos, vois les crevasses
Et les roches volcaniques
Vois les geysers
Vois, L’eau d’ici brûle le feu.

Tu as changé les lois
De nos physiques

 » Je suis en apesanteur
Sous ta gravité
1+1 = 1
E = mc3
La nuit m’ensoleille  »

(…)

Vois tu vieillir le temps ?
Regarde autour de toi
Les osselets d’instant
Des squelettes crispés
Au regret des printemps
Qu’ils ont tous juré.

(…)

Gagne les hauteurs,
Mon regard prendra source à tes yeux.

Envole tes papillons
De cheveux
Tes pinces
À cœur

Envole tes points de rousseur
Vers les espaces d’infinitude
Les dedans / Les dehors
Envole-toi.

Samuel Zittoun

L’enfant de l’œil

illustration de Medy Chabrerie
illustration de Medy Chabrerie

« Je te vois », « Je te vois », « Je te vois » ; Il aimait le répéter comme une saleté de refrain. Il fermait les yeux et pensait avoir la capacité de pressentir. Il restait là, paupières closes tout en affirmant observer le monde. Je ne vous raconte pas sa vie, celle-ci semblait n’être qu’une superposition de désastres. Le joug de la maladie chronique l’avait désargenté, la solitude était devenue sa meilleure confidente. Il venait probablement d’une des faces cachées de la lune, d’un de ces cratères étroits et sombres dont on ne sort que pour respirer. Ses branchies s’accommodaient bien de l’espace.

Parfois il interpellait un passant pour lui demander de le suicider : « suicide-moi » qu’il disait. Il prenait alors l’air sérieux d’un petit prince : « dessine-moi un mouton ». Saint-Ex aurait pu lui dessiner à lui aussi une petite boîte rectangulaire, oui c’est tout à fait comme ça qu’il le voulait, un mouton dans un cercueil.
Pourtant il y avait des jours énigmatiques où il restait debout en silence. Ces jours-là, il souriait et je peux vous dire que les femmes s’amarraient à lui – les hommes aussi – ; il suspendait le temps de ses lèvres et nul doute que son seul air suffisait à faire tourner le vent.

Samuel Zittoun

Et qu’advienne le printemps

Je suis heureux de vous annoncer la parution de Et qu’advienne le printemps aux éditions Prosepoésie.

Et qu’advienne le printemps est un recueil de poésie qui tente de remettre en mot les instants suivant une séparation,
Il aura fallu trois années à ce recueil pour murir puis éclore ; Mots immuns n’avait pas vu le jour que je m’attachais déjà à écrire Et qu’advienne le printemps. J’ai patienté, j’ai repris et reprisé. Il me faut cependant souligner que l’écriture poétique n’est pas une activité solitaire, la voix des mots vient souvent d’ailleurs. On tend l’oreille, on tente de la percevoir afin de la restituer au plus juste. La poésie parle d’une autre voix, touche en deçà de la peau, voit d’une autre lumière.  La poésie est au monde, elle n’appartient à personne ; elle réside près de tous.
En voici le prologue :

« Lors de la séparation, l’océan se retire, emporté par les vagues. Un désert de temps prend sa place. Il s’étire et s’affine dans un prolongement ; afin d’adoucir le goût du vide, afin de tamiser l’espace flou et brutal laissé là.

On disait : « Je es, Tu suis. »

Il faut réapprendre à ouvrir, à parler, à écrire.

À s’ouvrir, ouvrir ses lèvres, inspirer l’espérance.
À parler : « Je serai, Tu seras ».
Et puis écrire
Écrire les paradoxes, et le printemps. »

 

Il est des à présent possible de commander l’ouvrage :

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Ou en m’envoyant un mail.

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Paris se relève

Illustration de Medy Chabrerie
« Résister c’est créer » de Medy Chabrerie

Une nuit,
Vous avez fait taire les chants,
Et bradé les battements
Des enfants de Paris.
Une nuit.

Une nuit.
Mais Paris se relève
D’un tambour plus puissant.

Pensiez-vous assombrir
La ville des lumières
Par la peur et le sang ?

Pensiez-vous courber les notes
Des musiques de vie
Qui cascadent nos esprits ?

Non !
Car si les cordes tremblent
C’est que les guitares dressent
Nos accords réunis.

Et si les éclats percent
C’est le rire et l’espoir
Que vous haïssez tant !

Si les stylos s’inclinent
C’est pour écrire les mots
Qui vous sont interdits.

Et si les corps ploient
C’est pour danser encore
Sous vos feux ébahis.

Et danser encore.
Et encore.

Samuel Zittoun